Mélanie Maquet
Fidélité de la reconstruction du sens : comment les structures déterminent ce que les LLM et les humains comprennen
Mélanie Maquet travaille sur la fidélité de la reconstruction du sens, dans les LLM comme dans les parcours de vie. Fondatrice de Semantikia et créatrice de Code Karma, elle intervient sur les structures qui précèdent la reconstruction, pour que le sens qui en sort soit fidèle à ce qui a été voulu, publié ou vécu.
Le sens ne se donne pas. Il se reconstruit, toujours à travers un système interprétatif, toujours à partir de ce que ce système reçoit.
Un modèle de langage reconstruit à partir d'un corpus. Un humain reconstruit à partir de ce qu'il a vécu, des récits qu'on lui a transmis, des cadres qu'il a intériorisés. Ni l'un ni l'autre ne reconstruit le sens sans médiation. Les deux travaillent avec ce qui est disponible.
Et tant pour la machine que pour les humains, la fidélité de cette reconstruction dépend d'une seule chose : la qualité structurelle de ce que le système a reçu avant de reconstruire.
Reconstruction sans structure : pourquoi le sens dérive dans les LLM comme dans les parcours de vie
Un modèle de langage qui traverse un corpus fragmenté ne reste pas silencieux. Il reconstruit quand même mais à partir de voisinages statistiques, d'inférences par défaut, de signaux dominants qui ne sont pas les bons.
Il produit une réponse fluide, plausible et infidèle.
Un humain qui traverse une expérience dense sans cadre de lecture fait la même chose. Il ne reste pas sans interprétation. Il reconstruit quand même à partir de schémas disponibles, de croyances héritées, de récits par défaut. Il produit une compréhension cohérente de sa vie qui ne correspond pas à ce qu'il traverse réellement.
Dans les deux cas, le problème n'est pas un manque d'intelligence ou de sensibilité.
C'est un manque de structure. Le système fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.
Reconstruction du sens par le langage : ce qu'il transporte et ce qui lui échappe
Le langage est ce qui rend le sens reconstructible et transmissible. C'est à travers lui qu'une expérience devient partageable, qu'une intention devient formulable, qu'une identité devient reconstructible.
Mais le langage ne transporte pas tout. Il transporte ce qui a été suffisamment structuré pour devenir lisible. Le reste, le vécu brut, l'affect non formulé, l'expérience qui n'a pas encore trouvé sa forme, reste hors de portée de toute reconstruction, par quelque système que ce soit.
C'est pourquoi la structuration compte. Structurer un corpus ne donne pas une conscience à un modèle. Mais cela augmente la part du sens qui devient reconstructible avec fidélité. Éclairer une trajectoire humaine à travers un langage symbolique ne résout pas une souffrance. Mais cela rend lisible ce qui, sans cadre, restait diffus, répétitif ou incompréhensible.
Structuration du signal et lecture symbolique : intervenir avant la reconstruction du sens
Mon travail porte sur ces conditions. Pas sur le sens lui-même. Pas sur la reconstruction elle-même.
Sur ce qui se passe avant.
Côté machine, cela signifie structurer le signal, le contenu, les hiérarchies terminologiques, la densité sémantique, la cohérence entre les couches d'information, pour que les modèles probabilistes reconstruisent une représentation fidèle plutôt qu'une dérive. La machine reconstruit le sens avec ce contenu. Je ne suis plus là quand elle le fait.
Côté humain, cela signifie offrir un éclairage, une lecture des structures symboliques, des cycles, des schémas narratifs, des dynamiques relationnelles, pour que la personne puisse relier ce qu'elle vit à une trame qui fait sens. La personne reconstruit le sens avec cet éclairage. C'est elle qui reconnaît, qui relie, qui comprend.
Dans les deux cas, c'est le système qui reconstruit. Dans les deux cas, la fidélité de cette reconstruction dépend de ce qu'il a reçu avant de reconstruire.
Structures de sens : réduire la dérive sans contrôler la reconstruction
Structurer n'est pas contrôler. Un corpus bien structuré ne dicte pas ce qu'un modèle doit reconstruire. Un éclairage symbolique ne dicte pas ce qu'une personne doit comprendre de sa vie.
Ce que les structures font, c'est réduire les conditions dans lesquelles la dérive devient inévitable. Elles clarifient les relations entre les éléments. Elles explicitent les intentions. Elles posent les limites de ce qui peut être inféré et de ce qui ne le peut pas.
Structurer, c'est rendre une reconstruction fidèle plus possible.
Pas la garantir. Pas la forcer. La rendre possible.
Fidélité du sens : un même territoire à travers les LLM et les parcours de vie
Ce travail ne se définit pas par un secteur, un outil ou une discipline. Il se situe là où se déterminent les conditions de la reconstruction du sens, avant que le système n'interprète, quel que soit le système.
La question est la même partout :
Qu'est-ce qui, dans l'environnement du système, rend le sens reconstructible avec fidélité ?
Les outils diffèrent. Les systèmes diffèrent. La question reste la même.